Le bon sens paysan
Quand on parle de paysannerie on imagine souvent un champ, une grange, la terre sous les ongles. Je n’ai pas de lieu pour cultiver mes plantes, je me sens comme une paysanne sans terre. Mon activité repose sur la cueillette sauvage que je tente de pratiquer avec le plus d’éthique possible, en m’inspirant des valeurs de la paysannerie. Le paysan c’est celui qui vient de la terre, il connait l’environnement dans lequel il évolue. Il entretient et collabore avec la nature pour proposer des produits sains. Il sait observer, ressentir et prendre des décisions justes. On parle d’ailleurs souvent du « bon sens paysan ». Le paysan travaille artisanalement, avec rigueur, patience et respect du vivant. Il est ancré dans son territoire, collabore avec les habitants et partage son savoir-faire. Ce sont des valeurs qui m’inspirent et j’essaie de les faire vivre dans mes gestes quotidiens. Je ne prétends pas y parvenir toujours : il m’arrive de trébucher, mais ces principes restent ma boussole.
Depuis que je pratique la cueillette, mes sorties en nature ne sont plus de simples balades mais sont des moments d’observations. Comment est le territoire, quel est l’état général de la nature, y a-t-il des animaux, quelles sont les fleurs présentes, en quelle quantité ? …
Il s’agit de vraiment sentir le territoire pour évaluer si je vais pouvoir récolter sur ce territoire où pas (et ce n’est pas toujours évident, j’hésite souvent !). Lors de mes formations, j’ai appris une règle simple mais précieuse : ne jamais cueillir plus d’un tiers de la plante, pour lui laisser la force de se régénérer. On m’a aussi transmis l’importance d’éviter les espèces protégées. Des gestes qui paraissent évidents une fois qu’on les connaît et qui changent tout dans la manière d’aborder la cueillette.
Même sans terre, on peut cultiver le respect du vivant, la rigueur et l’attention aux saisons
Mon activité est intrinsèquement liée aux saisons. Le printemps est la période la plus frénétique, c’est là que les premières fleurs apparaissent et que les couleurs explosent ; l’été la récolte s’intensifie (ou au contraire est stoppée en cas de grosse chaleur), l’automne la cueillette s’amenuise doucement (par contre je continue à produire des créations florales grâce au stock que je me suis constituée) et l’hiver est davantage propice à la réflexion et au tri.



Mes cueillettes restent modestes et suffisent à mes créations et besoins personnels. Elles nourrissent mes couronnes de fleurs séchées ou mes bijoux fleuris, avec des plantes comme le monnaie du pape, les queues de lièvre, les graminées ou le houx.
Je cueille aussi pour ma consommation : quelques feuilles d’ortie ou de tilleul pour des tisanes, de l’origan sauvage pour relever mes plats, ou des aiguilles de sapin blanc pour parfumer la maison.
Connectée au territoire, en lien avec les habitants
J’ai mes spots de cueillette (comme on a ses coins aux champignons), ce sont des lieux non pollués, que j’ai sélectionné pour la présence de plantes en abondance. Evidemment je cueille toujours avec l’accord du propriétaire du lieu ; et parfois c’est tout un périple pour identifier le propriétaire en question ! Au final la cueillette m’amène à beaucoup échanger avec les gens du territoire, que ce soit les propriétaires de lieux, les producteurs de plantes ou les promeneurs curieux. Me voir avec un panier et un sécateur attise la curiosité et amorce les échanges, c’est ainsi que se fait le partage des connaissances et des bons tuyaux.
Pas de terre, ni de tracteur… mais la terre et les plantes restent mes compagnes et je tente d’être paysanne dans mon approche. Une paysanne qui cueille, qui expérimente, qui partage, qui s’émerveille chaque jour du monde végétal qui l’entoure.




La cueillette sauvage : une pratique éthique et respectueuse de la nature
🌿Envie d’en savoir plus sur la cueillette sauvage ? Découvrez cet article en deux parties : La cueillette de plantes sauvages, le grand chantier du vivant. La cueillette de plantes sauvages est sans doute l’un des plus vieux métiers le plus vieux du monde ! Mais cette pratique que l’on pourrait croire inoffensive pose aujourd’hui de nombreuses questions.
🌿Pour aller plus loin : La charte de l’Association Française des Cueilleurs professionnels (AFC), véritable socle éthique
🌿 Sur le même thème : Une cueillette de plantes sauvages ne se fait pas à la sauvage
🌿Certaines plantes toxiques ressemblent à des plantes comestibles et peuvent être confondues lors de cueillettes dans la nature, dans le jardin ou le potager. Vous pouvez aussi consulter le site de l’ANSES : Plantes toxiques : attention aux confusions lors de la cueillette. Vous trouverez ici des conseils pour éviter les risques d’intoxication.
🌿Pour en savoir plus sur mon activité, vous pouvez aussi écouter le Hêtre Vert. L’interview date de 2021, depuis il y a eu quelques changements, mais le socle de mon activité était déjà là.

