La cueillette de plantes sauvages est sans doute le métier le plus vieux du monde ! Mais cette pratique que l’on pourrait croire inoffensive pose aujourd’hui de nombreuses questions : quels impacts sur les écosystèmes ? Quelle éthique pour les cueilleurs ? Quelle place pour cette pratique dans nos sociétés modernes ?
Se reconnecter aux plantes est devenue tendance, presque identitaire
Depuis quelques années, il y a un véritable engouement autour de la cueillette. On observe un retour aux sources porté par l’envie de faire soi-même, de se reconnecter au sauvage et de retrouver une forme d’autonomie. Comment mieux se soigner avec les plantes ? Quelles fleurs utiliser en salade ? On cherche à fabriquer nos tisanes maison, des pestos de plantes oubliées, des bouquets champêtres glanés au détour d’un chemin…
La cueillette connaît un véritable essor, on a vu émerger une offre croissante de formations, d’ouvrages spécialisés et de stages. Ce mouvement est largement amplifié par les réseaux sociaux, où fleurissent chaînes YouTube et comptes Instagram consacrés à l’usage des plantes sauvages.
Ce mouvement j’en fais évidemment partie ! Iris On The Road est une invitation à ouvrir les yeux sur la nature et à introduire les fleurs dans notre quotidien. Je trouve merveilleux qu’on cherche à se reconnecter à la nature, à retrouver des gestes et des pratiques anciennes. Il y a une envie de renouer avec le vivant, un intérêt pour ce qui nous entoure, c’est un moyen de mieux connaître notre territoire et d’acquérir des connaissances sur les plantes. Mais il me semble que nous (cueilleurs professionnels ou amateurs) avons le devoir d’intégrer plus de conscience dans notre pratique, d’être plus responsables pour que la cueillette ne se transforme pas en pillage inconscient.😒
La cueillette de plantes sauvages connaît aussi ses dérives
– Les cueillettes massives et non régulées, qui mettent à mal certaines espèces. Par exemple, l’ail des ours, victime de son succès, voit ses populations fragilisées : des observations récentes du Conservatoire botanique des Pyrénées ont mis en évidence une diminution du nombre de feuilles cueillables et une baisse notable de la reproduction dans les zones surcueillies. Ce phénomène provoque un déséquilibre écologique, car cette plante joue un rôle clé dans l’écosystème forestier. En parallèle, des plantes comme le gaillet gratteron ou la pensée sauvage ont également souffert d’une pression excessive dans certaines régions.
– La confusion fréquente entre espèces comestibles et espèces protégées, parfois avec des conséquences graves. Certaines plantes protégées, comme la grande gentiane ou l’arnica, sont malheureusement prélevées par des cueilleurs peu informés, ce qui menace leur survie locale. D’un point de vue sanitaire, la méconnaissance peut aussi conduire à des intoxications. Par exemple, la ciguë, plante mortelle, peut être confondue avec certaines ombellifères comestibles (comme la carotte sauvage) par des cueilleurs débutants, avec des risques réels pour la santé.
– L’appropriation rapide de savoirs complexes sans véritable ancrage dans la nature, encouragée parfois par des sources peu fiables sur internet ou par des modes passagères. Cette démarche peut conduire à des cueillettes maladroites ou irresponsables, sans respect des cycles de vie des plantes, ni considération pour les habitats🐞. Cela prive aussi les cueilleurs d’une expérience authentique, car la connaissance des plantes se construit dans la durée, avec l’observation attentive et la patience.
Et maintenant ? Vers une cueillette durable ?
La cueillette durable est un véritable chantier, à la fois scientifique, éthique et profondément humain. Poser des limites, mieux connaître les plantes et leurs milieux, apprendre à cueillir avec conscience sont des étapes essentielles pour que cette pratique ancestrale continue à nous relier au vivant, sans l’épuiser.
Dans la deuxième partie, j’aborde les solutions qui se dessinent et quelques principes au quotidien, avec des conseils pratiques et des ressources pour devenir un cueilleur engagé et respectueux.
Lire la suite de l’article : La cueillette de plantes sauvages, le grand chantier du vivant – Partie 2

S’informer sur la cueillette durable
🌿En quelques années, l’Ail des ours est devenu une star qui fait parler de lui dans tous les médias et se retrouve à toutes les sauces, au propre comme au figuré… Le Conservatoire botanique national des Pyrénées et Midi-Pyrénées alerte sur la situation : Ail des ours, une saveur sauvage et un patrimoine naturel à préserver
🌿Certaines plantes toxiques ressemblent à des plantes comestibles et peuvent être confondues lors de cueillettes dans la nature, dans le jardin ou le potager. L’ANSES donne des conseils pour éviter l’intoxication : Plantes toxiques, attention aux confusions lors de la cueillette

