Écoféminisme : comment les luttes écologiques et féministes s’entrelacent

Femme Nature

Face aux bouleversements climatiques et aux inégalités persistantes, l’écoféminisme tisse un récit où la défense du vivant et l’émancipation des femmes ne font qu’un. Un mouvement en pleine effervescence qui, en France, a trouvé une caisse de résonance grâce au collectif Les Engraineuses et à leur festival Après la pluie.

Quand la terre et les femmes partagent le même combat

À l’origine du mot, la française Françoise d’Eaubonne, qui, dès 1974, invitait à « une révolution écoféministe » pour dénoncer la double exploitation des femmes et de la nature. Depuis, les déclinaisons se sont multipliées : spirituelles, matérialistes, décoloniales. Mais une conviction demeure : les systèmes de domination, patriarcat, capitalisme extractiviste, racisme… puisent à la même source.

Les catastrophes climatiques ne frappent pas tout le monde de la même façon : selon Médiaterre, les femmes sont jusqu’à 14 fois plus exposées à la mortalité que les hommes. Cet écart révèle combien les inégalités de genre et la domination patriarcale amplifient les conséquences de la crise écologique, point central de la réflexion écoféministe.

« Qui voudrait la part égale d’un gâteau cancérigène ? » interroge aujourd’hui Solène Ducrétot, co-fondatrice du collectif Les Engraineuses. Derrière la formule, une idée claire : il ne s’agit pas seulement de demander une place pour les femmes dans un système destructeur, mais de changer la recette, de repenser notre rapport au vivant.

L’écoféminisme ne prétend pas que les femmes sont « plus proches » de la nature par essence. Il affirme plutôt que leurs expériences (maternité, soin accordé aux autres, accès inégal aux ressources…) révèlent de manière aiguë la violence d’un modèle qui traite la planète comme un corps disponible.

Après la pluie : un festival, un livre, un horizon

En 2018, Solène Ducrétot et Alice Jehan créent Les Engraineuses pour faire dialoguer culture, écologie et féminisme. L’année suivante, elles organisent à la Cité Fertile, à Pantin, le premier festival écoféministe de France : Après la pluie.
Tables rondes, ateliers de plantes médicinales, performances artistiques : plus qu’un événement, un manifeste vivant. « Nous voulions un lieu où l’on puisse expérimenter, apprendre, rire et débattre », explique Alice Jehan dans l’ouvrage collectif Après la pluie – Horizons écoféministes (Tana Éditions, 2020). Ce livre, conçu comme un bouquet de voix, réunit militantes, chercheuses, artistes et paysannes autour d’une même question : comment réinventer le lien entre les corps et la Terre.
Ces pages montrent un écoféminisme pluriel : il ne s’agit pas de sacraliser le féminin, mais de «  déployer une écologie qui prenne soin de toutes les vies « , écrivent les autrices. De la ZAD de Notre-Dame-des-Landes aux jardins collectifs urbains, les initiatives racontées invitent à une action politique aussi concrète que sensible.

Semer de nouvelles alliances

L’écoféminisme n’est ni une mode ni un slogan. Il est un terrain de luttes et d’expérimentations. Ses critiques (notamment le risque d’essentialiser les femmes et la difficulté de fédérer des luttes sociales diverses) rappellent qu’il reste un chemin en construction. Mais il ouvre une perspective : penser ensemble la justice de genre et la justice environnementale.

À l’heure où la crise climatique s’accélère, il devient urgent de semer des alliances : entre femmes et hommes, entre humains et non-humains, entre luttes sociales et écologiques. L’écoféminisme propose ainsi un horizon où l’action politique se nourrit de poésie, d’attention et d’entraide.

Continuer à s’informer sur l’écoféminisme

🌿A lire : Et si la cueillette était un mode de vie ? Il est possible de s’engager par des petits gestes du quotidien même si ça ne change pas la phase du monde.
🌿Pour aller plus loin : Interview de Solène Ducrétot sur le site de la Fondation RAJA-Danièle Marcovici
🌿À écouter sur France Inter : l’écoféminisme n’est pas un projet d’égalité homme-femme avec un peu de développement durable
🌿A lire : « La révolution écoféministe ! les idées, les luttes et les pistes pour changer » – La journaliste Sidonie Sigrist propose ici un guide d’introduction pour comprendre comment la question du patriarcat, de la crise écologique et du capitalisme se sont rassemblés pour former l’écoféminisme. Réflexions, données historiques et portraits de militantes composent ce guide publié en 2021.

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